Derrière la fenêtre, quelqu'un... Agrandir

Derrière la fenêtre, quelqu'un...

Alex et Annie Murat.

Roman illustré pour les enfants à partir de 9 ans.  Format 15x21. Couverture cartonnée. 80 pages.

ISBN 978-2-9529112-3-8

La bande copains a l'habitude de jouer au ballon contre le mur du chateau, mais le ballon retombe souvent derrière le mur, et il faut aller le chercher. Oui, mais voilà...

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roman 9-12 ans

Disponibilité : en stock

15,00 €

On n'était jamais entrés de nuit. Déjà, le jour, on hésitait. Combien de ballons avions-nous perdus derrière ce mur ! Et impossible de grimper, c'était trop haut. Impossible également d'entrer par le portail, sur la place de la mairie : il était condamné par une chaîne et un cadenas rouillé. De toute façon, nous n'aurions jamais osé nous aventurer dans l'allée principale. Bien qu'inhabitée, la grande maison semblait veiller, du haut de sa terrasse, sur un monde étrange, immobile. Tous ces volets fermés, ça nous donnait le frisson. Alors, s'avancer en direction du perron, ah non, pour rien au monde ! Le parc n'était plus entretenu. La nature y reprenait sa place. Les massifs autrefois bien taillés lançaient dans toutes les directions des branches incontrôlées ; broussailles et fougères envahissaient les pelouses, mais les immenses chênes, les cèdres majestueux avaient gardé un air solennel. Nous sentions bien que cet endroit n'était pas pour nous. Si des enfants avaient un jour vécu dans cette demeure, ils ne devaient ni courir ni crier. Des extraterrestres, quoi ! Mais il fallait bien récupérer les ballons qui tombaient dans l'arrière-cour. Ah, si on avait pu faire autrement ! Par chance, il y avait là, dans le mur d'enceinte, un portillon de service dont la grille n'était jamais verrouillée ; il suffisait de forcer un peu sur le loquet et dans un grincement impressionnant, il s'entrouvrait. Oui, mais voilà : entre le château et le mur, la cour était recouverte de gravillons. On y était à découvert, et ça faisait un bruit d'enfer quand on traversait. Pas moyen d'y échapper. Cet endroit était d'un lugubre avec ces hangars vides aux arcades béantes, comme des bouches noires, ces bâtisses en ruine ! Et la fenêtre... Toutes les autres, au moins vingt, étaient fermées par des volets métalliques à la peinture écaillée ; mais celle-ci, au rez-de-chaussée... comme un oeil ouvert... Et derrière les vitres, une silhouette, debout, un peu masquée par de grands rideaux. Chaque fois que nous avions pénétré dans le jardin, quatre ou cinq fois en tout, elle était là, immobile. Qui était-ce ? Nous n'avions jamais vu entrer, ni sortir personne. Les avis étaient partagés. Quand il était venu chercher son sac de sport que le grand Jim, de la bande des Tilleuls, avait jeté par dessus le mur, Manu avait vu un homme maigre, avec un grand chapeau, qui le regardait sans bouger.

– Pas du tout, disait Chris ; c'est une femme, très belle, avec un voile sur la tête ; violet, le voile. Et elle a un bâton à la main, ou un fusil.

– En effet, admit Manu, c'est un fusil.

Il avait refait le chemin dans le seul but de montrer à Isabelle comme il était courageux, et il était ressorti bien vite, en prenant juste le temps de jeter un coup d'oeil vers la fenêtre. C'était donc un fusil. Pour le chapeau, il n'avait pu préciser. Homme ou femme, avec ou sans chapeau, la silhouette était toujours là. Et surtout, plus inquiétant que des cris et des menaces, il y avait ce silence, cette immobilité. Tout semblait pétrifié : le jardin, le château... et le guetteur. On avait fini par renoncer tant cet endroit était sinistre. Les garçons choisissaient d'autres lieux pour leurs tours de force. Rentrer là-dedans, même pour faire les malins, ah non merci, plus jamais ! Surtout depuis le cri. D'où provenait-il exactement ? On ne savait pas ; c'est Chris qui l'avait entendu ; il venait à peine de tourner le coin de la maison quand il s'est senti transpercé par ce bruit terrifiant. Il ne trouvait pas les mots pour en parler ; il disait seulement :

– Un cri horrible ! Horrible !

ça nous suffisait comme explication. Il avait couru vers la grille ; le crissement des gravillons l'avait empêché d'en entendre davantage. Arrivé dans la rue où nous l'attendions, il avait continué à courir jusque chez lui sans s'arrêter. Nous ne l'avons revu que trois jours après, encore tout jaune d'une fameuse crise de foie. Depuis, on hésitait à venir jouer là, et pourtant, quel beau mur pour le basket ! Très haut, avec un espace dégagé devant, de quoi faire quelques passes et même dribbler. Bien sûr, il n'y avait pas de panier mais nous avions dessiné un carré à la craie sur les pierres. C'était ça, notre panier ; il fallait un peu d'imagination pour marquer, mais nous avions respecté la hauteur officielle ! Nous avions dû aussi aménager un peu le règlement : il suffisait que le ballon touche le mur à l'intérieur du carré pour que le panier soit marqué. Evidemment, les contestations se succédaient :

– Y est !

– Non ! Il a juste effleuré !

– Menteur !

Et parfois, tout le monde se trouvait floué : le ballon avait franchi le mur. C'est qu'il n'y a pas beaucoup d'endroits tranquilles dans le quartier. L'unique terrain de foot est tenu par les plus grands, celui de basket aussi. Tout ça, c'est un peu ambitieux pour désigner un rectangle de terre battue, plein de trous, avec trois chevrons cloués ensemble à chaque bout en guise de buts, et un pauvre panier sans filet sur un côté. Les filles n'y sont pas admises. C'est injuste mais on ne nous a pas demandé notre avis. Nous, on est une bande tellement mélangée pour les couleurs et les accents qu'on n'est pas à une différence près. Par exemple : Manu et Julio sont Portugais, mais ils sont noirs ; ils nous ont expliqué que leurs parents sont nés dans une ancienne colonie portugaise en Afrique. La mère de Chris est anglaise. Moi, je m'appelle David ; il parait que j'ai des ancêtres en Pologne, en Hongrie, et je ne sais plus où ! Mathilde est antillaise ; elle est blonde avec les yeux très noirs et elle a l'accent créole. Alors nous, les races et les nationalités ! On a décidé que français ou pas, garçons ou filles, on est tous pareils. Tout le monde pourrait entrer dans notre bande ; il suffit d'en accepter les lois. Et la loi, chez nous, c'est ça : Garçons ou filles, on est tous égaux. Quand il y a un problème, on vote. Si on doit choisir quelqu'un pour une mission difficile, on tire au sort. Et c'est pour toutes ces raisons qu'on n'est pas nombreux.

Ce jour-là, le sort a été cruel. Le ballon était monté en chandelle et retombé à ras du mur. De l'autre côté. Juste devant la fenêtre. Qui allait franchir la grille ? Julio et Manu, les jumeaux, ont proposé une procédure exceptionnelle : pour une fois, on ne mettrait sur les bouts de papier que le nom des garçons :

– On ne peut pas envoyer une fille, c'est trop dangereux.

Chris, qui n’est pas très courageux (c’est le moins que l’on puisse dire) a tout de suite compris le risque : si les filles ne participaient pas au tirage au sort, nous ne restions que cinq ; cela augmentait beaucoup, pour chacun d'entre nous la probabilité d'être désigné. Il a dit :

– Il n'y a pas de raisons ! Si les filles peuvent jouer au basket, elles peuvent aussi aller chercher le ballon !

On savait compter, nous aussi, mais quand même... Pauvre Chris ! Il mourait de peur ! Les filles ont protesté avec vigueur :

– Pour qui vous nous prenez ? Vous croyez qu'on n’est pas capables d'y aller ?

C'est le nom de Lise qui est sorti. La petite Lise, toute fragile et toute pâle. ça m'a fait de la peine. J'aurais bien aimé tricher un peu pour la tirer de cette galère, ou prendre sa place, mais ce n'était pas possible. Si, au moindre problème, on commence à remettre en cause les règles qu'on s'est données, ça sert à quoi de les avoir faites ? Pauvre Lisette ! Ce n'était pas son jour ! Quand Julio a déplié le bout de papier qui portait son nom, j'ai vu la bouche de mon amie se crisper un peu, ses pupilles s'agrandir. Elle était plus blanche que jamais sous ses mèches brunes. Ses grands yeux gris semblaient flous. Mais elle n'a rien dit. C'est à ça qu'on reconnaît les gens très forts ; ils ont aussi peur que les autres, plus peut-être, mais ils n'en laissent rien paraître. La classe, Lisou !

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