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Le Servan

Auteur Annie Murat. Roman au format non coupé. Coupe-papier de rigueur. 318 pages.  Papier Bouffant. Cousu. Dos carré collé. Réédition. Première édition aux éditions Stock.

ISBN 978-2-918838-01-2

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Disponibilité : en stock

22,00 €

Le médecin a dit :

   – C’est impossible !

Pas plus. Et la femme :

– Il n’est pas mort, alors ?

Morts, ses yeux à elle l’étaient. Des yeux comme en peignent les enfants, sans profondeur, sans nuances, sans rien d’autre que du bleu, le plus pâle, le plus immatériel que cet homme ait jamais vu. Et tout médecin qu’il est, il a frissonné.

– Si, madame, il est mort.

En remontant dans sa voiture, il a jeté sa serviette de cuir noir sur le siège arrière. Il a mis le moteur en route, somnambule. Il a levé les yeux. Elle était là, penchée sur lui, le visage à moitié caché derrière une mèche de cheveux, pâle, sérieux, indéchiffrable.

– Merci docteur.

Puis elle n’a plus rien dit. Elle est restée là, comme une pierre, à le regarder s’embrouiller dans ses manœuvres.

*

Il fait une chaleur anormale à cette altitude, dans ce pays-là, de cimes, de glaces éternelles, de gentianes et de myrtilles. Une chaleur de fourneau. Et c’est par cette chaleur, de nuit comme de jour, sans répit, sans espoir de fraîcheur vespérale, qu’un homme est mort dans son lit. Le beau Julien. Un homme jeune encore, solide, sanguin, infatigable aux champs, à la chasse ; le verbe haut, orgueilleux, sûr de lui et de sa force, le plus bel homme du village. Il a eu trente ans l’année dernière. Paysan comme son père et ses ancêtres, pauvres ou riches selon le bon vouloir du printemps, des pluies d’août, du soleil, du ventre des vaches, du prix du pain, du bois, du lait. Un homme d’ici, Julien, jamais sorti de sa vallée, sauf pour le service militaire aux chasseurs alpins, en compagnie d’autres montagnards comme lui, issus de vallées semblables, ni pauvres, ni riches. Julien vivait chez son père, à la ferme. Sa mère était morte quand il avait dix ans. Le père commandait ; Julien trouvait cela normal ; il travaillait dur et sans souci. Puis le village est devenu une station de sports d’hiver et on lui a proposé un emploi sur les installations de ski. Il a accepté, bien content. Depuis, tous les hivers, il travaillait là-haut, dans le froid, brûlé de soleil. Il ne souffrait ni du froid ni du vent, au contraire, il aimait bien. C’était un rude gaillard, Julien. Et il est mort dans son lit, cette nuit, par cette chaleur...

*

Elle ne cherchait pas les hommes, mais ils étaient toujours sur son chemin ; et toujours ils décidaient de ce qu’elle devait ou ne devait pas faire. Toujours elle devait lutter contre leur condescendance, leur autorité. Elle faisait semblant de céder à cette autorité pour préserver, enfouie et muselée parfois, son essentielle liberté, celle qu’ils ne pouvaient atteindre, parce qu’ils n’en soupçonnaient pas l’existence. Elle cédait, comme cède la branche de saule. Et elle les méprisait chaque fois davantage, non de la soumettre, mais d’ignorer leur propre défaite. Julien s’était comporté comme les autres ; elle avait agi comme d’habitude. Et cela avait été le début.

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Auteur Annie Murat. Roman au format non coupé. Coupe-papier de rigueur. 318 pages.  Papier Bouffant. Cousu. Dos carré collé. Réédition. Première édition aux éditions Stock.

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