Un parfum de figuier Agrandir

Un parfum de figuier

Auteur Annie Murat.

Roman au format non coupé. Coupe-papier de rigueur ! 238 pages. Cousu, dos carré collé.

ISBN 978-2-918838-03-6

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Disponibilité : en stock

22,00 €

... Rejetés sur les côtés, racines en l'air, églantiers et cornouillers, prunelliers et genêts épineux, tous arbrisseaux de faible ramure n'en finissent pas de mourir. Aux senteurs moites des terres vierges bouleversées se joint, épice funèbre, cette petite pointe écœurante des plantes qui s'étiolent, dans l’abandon de leurs feuilles flétries, de leurs baies inabouties.

Ce soir, les rôdeurs nocturnes qui parcourent la montagne à la recherche de leur nourriture, de leurs amours ou de leur fin iront le nez au sol ; ils tenteront un détour pour éviter les parfums indécents qui troublent leurs routes. Mais il sera vain de chercher un passage. Ceux d'en haut devront traverser cette chose inexplicable s'ils veulent boire ; ceux d'en bas ne goûteront l'herbe rase du sommet qu'à ce prix.

Avant, le temps, la vie coulaient en harmonie, sans plus de précipitation, de cruauté ou d'ennui que n'en exigent la naissance et la mort. Sur la montagne alors, nulle frontière, nulle rupture. Au fond de la vallée le ruisseau frangé d'aulnes, plus haut les chênes-verts, les châtaigniers obstinés et puis la mer griffue des plantes aromatiques, jusqu'à la crête. Chaque nuit la sauvagine y suivait ses chemins de sang entre le thym et les genêts, le sanglier trottinait de la cime au vallon, dans le silence sec des hivers, la stridence des étés. Le monde alors était ouvert aux quatre horizons. On pouvait y inventer sa route, avec parfois de longs détours pour échapper au refus des ronciers, et des courses sans fin dans la rosée du petit matin, comme ça, juste pour défier le vent ou pour entrevoir, là-bas, au-delà des plaines, le fil de la côte.

Il y a une semaine, le bulldozer est venu. De loin, il paraissait minuscule, inoffensif, mais derrière lui, cette blessure... En quelques jours le haut a été séparé du bas, l'amont de l'aval, l'aubépine de la digitale. Et ce matin, plus rien. L'engin avait disparu. Reste ça, en travers de la montagne. Pas même un chemin. Et un chemin pour quoi faire, pour aller où ? Il n'y a rien ici. Il n'y a rien là-haut, que l'air plus vif, le libre horizon. Si au moins il avait atteint le col ! C'est un endroit, ça, un col, c'est un but. Mais il a fait demi-tour au milieu de la pente. Il est reparti en laissant ce mystère : un chemin qui ne va nulle part.

Un galop, au loin. Abel se retourne. Rien. Il est seul sur cette piste tracée comme au rasoir dans la terre rouge… 

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Un parfum de figuier

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Auteur Annie Murat.

Roman au format non coupé. Coupe-papier de rigueur ! 238 pages. Cousu, dos carré collé.

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